Carnet d'expédition
Atteindre le Macmillan Pass
Jeudi 14 juillet
Départ de Paris à 11h30, reporté à 12h15. Vol Air
Canada, arrivée à Toronto à 14h locales (+6h GMT). Au passage de la
douane canadienne, saisie de notre viande, lait en poudre et aliments carnés lyophilisés.
En tout, 5 kg de saucisses, grison et coppa perdus. Adieu
veaux, vaches, cochons
Seule la viande en provenance des USA était
autorisée. Nous nous étions pourtant renseignés avant le départ,
mais avions-nous bien dit que nous étions français ? (La correspondance
s'était faite en anglais).
Attente dans l'aéroport, car il fait mauvais temps. Notre avion finit
par arriver mais sans équipage pour le faire repartir. Départ
prévu à 15h15, effectif à 18h. Arrivée à
Vancouver à 20h15, embarquement immédiat pour Whitehorse, Yukon.
Nous avons mangé notre marge de sécurité de 3h entre chaque
avion.
Arrivée à Whitehorse vers 23h, heure locale (+9h GMT). Comme les
transferts se sont faits rapidement à Vancouver, certains bagages n'ont
pas suivi. Il manque 5 gros sacs contenant 2 duvets, 3 tentes et les cannes à
pêche. Il fait froid, 6° C, le ciel est lumineux mais nuageux, mélange
de nuages noirs et de couleurs bleu clair.
Vendredi 15 juillet
Le temps de récupérer la voiture réservée depuis
Paris, de faire les déclarations de perte de bagages, il est 1h du matin.
Nous ne pouvons pas tous dormir sous la tente faute de place et de duvet, aussi
le groupe se sépare. Après avoir déposé en deux
fois une partie de l'équipe au camping de Whitehorse (le Robert Service
Campground), Gilles et moi errons dans la ville à la recherche d'une
chambre. Il est 2h du matin, tous les hôtels et B&B sont complets
du fait de la finale de baseball du week-end. Heureusement un client a raté
son avion à Vancouver, on lui prendra sa chambre. La négociation
du prix est difficile, on finira par payer 109$ Cad au lieu de 120. Le
dollar canadien est alors à 0.6 Euro. Une sainte bible se trouve dans
le tiroir de la table de chevet, elle est distribuée par l'association
Gédéon : un reste de puritanisme anglais ou américain?
La voiture est une Pontiac modèle Montana 7 places à boîte
automatique : elle a la particularité de s'allumer comme un arbre de
Noël et de s'alarmer dès que l'on oublie de boucler une ceinture ou
d'enlever la clef du contact en sortant. Lever 6h du matin (15h en France), 10° C. Programme du jour : aller chercher les téléphones
satellite, acheter du White Gas (essence blanche pour les réchauds),
acheter le complément d'alimentation (notamment de la viande et du pain).
On prendra aussi un jerrican d'essence sans plomb de 20 litres et 3 Pepper Spray
en cas d'attaque d'ours : nous allons dans les monts Mackenzie, région
très sauvage et bien pourvue en gibier et carnassier (qui sera mangé ?).
La décision de ne pas prendre de fusil tient à trois raisons :
d'une part, c'est lourd (il faut aussi porter les cartouches). Ensuite, comment
faire quand le groupe se sépare en 2 (pour les transports par exemple) ?
Qui doit prendre le fusil ? Enfin, qui sait se servir d'un gros calibre et ne
pas rater la cible à coup sûr, même en situation de stress ?
Le groupe se compose de 9 alpinistes et 2 pêcheurs bien assez bruyants pour
effrayer la plupart des animaux.
Les seuls ours vus le seront sur la Canol Road, surpris par la voiture au détour
d'un virage. Nulle trace de plantigrade en montagne, si ce n'est quelques rares
empreintes dans la boue ou la neige.
Samedi 16 juillet
Première fournée de passagers transportée à Ross
River par la piste sud de la Canol Road. Départ 9h, arrivée 16h.
275 Km de piste relativement bonne. Le parcours est très beau : vallées
encaissées, torrents bouillonnants et forêt clairsemée de
pins élancés ou de trembles touffus. Moyenne de 60 Km/h. Cueillettes
de champignons, des bolets orangés, qui seront cuits le soir même.
Non loin de Ross River sur la piste vers Carmarks, nous trouverons une zone
de camping au bord de la Lapie River, avec un auvent en bois et un gros poële
à bois. Nous ferons des croque-monsieur sur le poële. Les 2 pêcheurs
qui nous accompagnent prendront des ombres arctiques : un régal une fois
cuits à la poêle. Le soir je retourne à Whitehorse en passant
par Carmarks et en prenant le route de Dawson. Vers Faro, un ourson noir joue sur
le bord de la piste en gravier. Il s'enfuit dans la
forêt dès mon approche. Arrivée vers 21h. Le trajet est
rapide car la voie est large, elle est même goudronnée à
partir de Carmarks.
Dimanche 17 juillet
8° C le matin, pluie. Départ 9h, arrivée 17h à Ross
River. Grosse pluie intermittente. Regroupement des troupes. Nous bivouaquerons sous le auvent afin de
ne pas mouiller les tentes : il est toujours désagréable de transporter
des tentes trempées.
Lundi 18 juillet
Premier départ à 9h, passage du bac à Ross River (ouvert tous les jours
de 8h à 12h et de 13h à 17h). Le passeur note sur
un carnet les voitures qui montent vers le Nord et celles qui en reviennent.
Il n'est plus demandé de se déclarer à la police montée
pour entrer dans ce territoire sauvage. Un pont suspendu avec parapet en bois permet aux piétons
de traverser la rivière. 250 Km de piste nous attendent. Temps dégagé
jusque vers 16h, puis pluie. Plusieurs cabanes jalonnent le parcours. Un ours noir nous
dévoile subrepticement son arrière-train avant de s'enfoncer sous les arbres.
Au premier aérodrome, trouvé en excellent état, rencontre
d'un chasseur qui prépare l'organisation d'une grande chasse pour la
fin août : à 50 km de notre camp de base, nous aurons donc une aide
possible. Arrivée à 18h, camp installé après le
Macmillan Pass sur la route qui mène à l'ancienne mine de tungstène.
Nous serons placés juste après la rivière qui traverse
la route ; le passage à gué sans pont est délicat. Je repartirai
avec Antoine vers 20h afin de prendre le bac tôt le matin. On bivouaque
dans la voiture vers minuit.
Mardi 19 juillet
Lever 6h30, thé au bord de la piste, mais la gamelle se renverse. Second
thé, mais il n'y a bientôt plus d'essence dans le réchaud
qui s'arrête rapidement. On prend celle du jerrican de la voiture, mais
on n'a alors plus d'eau! Finalement un filet d'eau est trouvé le long
de la route, il fera l'affaire. Nous ne rencontrons que deux ou trois 4x4 sur
le chemin, plutôt chasseurs que touristes.
Arrivée à 11h30
à Ross River pour prendre le reste de l'équipe. Nous déjeunons
dans un petit restaurant placé juste avant le bac : au menu grande portion
de hamburger et de frites. Cela me reste sur l'estomac toute la journée
Il
y a un téléphone public à l'entrée du restaurant,
nous prévenons nos amis restés en France de notre départ
vers l'aventure.
Second voyage vers le Macmillan Pass après avoir repris le bac. Vu une
ourse noire femelle et son petit au détour d'un virage : ils s'enfuient
dans les sous-bois rapidement. Arrivée au camp de la mine vers 20h. Siphuon
a craqué son duvet hier soir, et nous n'en n'avons pas trouvé
à acheter au petit magasin de Ross River, sauf un énorme duvet
hivernal à 375$. Gilles lui prête un sac en fourrure polaire. Avant
le départ de nos amis pêcheurs, nous festoyons un peu. Le menu autour
d'un feu sera conséquent.
Il a été décidé de prendre un contact téléphonique
tous les dimanches entre 22h et 22h30 (téléphones satellites,
2$ par minute en émission et en réception ce qui nous sera facturé
au final 4$ par minute!). Nous ne pourrons pas recharger notre téléphone,
aussi sera t-il éteint le reste du temps. Par contre, celui des pêcheurs
restera en veille continuellement afin d'assurer notre sécurité.
Dans le sac étanche de notre portable, une liste des numéros d'urgence
a été établie (en cas d'empêchement de nos amis).
Pendant ce temps, le premier groupe a exploré les alentours puis est monté à la
mine : le Keele Peak a été vu sur des photos aériennes alors qu'il reste désespérément
caché toute la journée dans le brouillard. Les numéros de
téléphone sont échangés avec les géologues présents à la mine : un
secours sera bienvenu en cas de nécessité.