Carnet d'expédition

Le retour

Jeudi 4 Août
8h15, 1280m, il a plu toute la nuit.
Départ du camp des chevaux à 9h30. Une heure de chemin boueux nous attend, puis des taillis et la forêt à traverser, le tout sous la pluie. Le chemin monte, difficile jusqu'à la première rivière. Il devient plat à flan de côteaux, assez bon et rapide malgré la charge. La cape de pluie est indispensable pour éviter d'être trempé trop rapidement. Arrivée au nouveau campement vers 12h30.
Il se situe sous un lac, dans une clairière près d'une petite rivière. C'est encore un point de relais pour chevaux, des traces le prouvent.
Pour quatre d'entre nous, il faut encore faire du double portage. Nous retournons donc chercher un second chargement. Avec les chaussures détrempées, j'ai un talon d'Achille qui commence à se raidir. Le soir tout le monde sera réuni vers 19h sous les tentes du nouveau camp.
A 21h15, 9°C, entre deux averses, car il faut téléphoner dehors pour capter les satellites, on confirme à Siphuon notre arrivée demain soir au camp de la mine. Nos pêcheurs nous apprennent qu'ils ont pris trois autres saumons King en trois jours.
Un grand couscous est cuisiné par Didier et Victor sur un feu, nous devrons le déguster sous les tentes tant le temps est mauvais. Après cette longue journée de marche, je m'endors facilement, à trois mètres des glouglous du ruisseau qui court près de la tente et me berce.

Vendredi 5 Août
1530m, 7h30 du matin, chaussettes et chaussures trempées.
Nous nous séparons en deux groupes. Cinq personnes sont en simple portage lourd, et quatre en double portage léger. Départ vers 9h30, nous suivons le bord du lac, puis peu après la ligne de séparation des eaux, nous tirons direction la mine, plein Ouest. Sous la pluie battante nous nous égarons dans les taillis. Lors d'une éclaircie, nous nous rendons compte que nous sommes trop descendus dans la vallée. Il va falloir traverser les marais et un large torrent.
Quitte à être mouillés, nous y allons franchement. C'est la pire traversée que nous ayons faite. Inimaginable, après le torrent passé sans même déchausser, nous ne sommes plus que sueur et eau. On essore ce qui peut l'être, et on repart après avoir mangé pendant une brève éclaircie.
Finalement nous arriverons au camp de base vers 15h, exténués. Il faut alors revenir au camp du lac, la tente est restée là- bas… L'équipe des cinq arrivera vers 16h30, et dormira au camp de base. Nous ne pouvons les attendre, aussi nous repartons rapidement.
Pour le retour nous passerons le torrent à sec et en deux temps. Puis en prenant de l'altitude et en restant à 1550m, nous évitons les taillis et les marais. Comme le temps s'améliore et que c'est notre dernière course en montagne, nous décidons de passer par une autre vallée pour rejoindre directement le camp par un col qui le surplombe.
Nous verrons de nombreux spermophiles, marmottes et caribous. La vallée est belle, il y a des traces de points géodésiques. La montée au col est raide, nous mettrons plus de trente minutes à gravir ce qu'un caribou a mis à peine deux minutes à réaliser sous nos yeux envieux. Au col, une superbe trace d'ours nous attend. La qualité de la neige nous fait penser qu'elle date de plusieurs jours.
Finalement, après plus de treize heures de marche depuis le matin, nous arriverons vers 22h au camp du lac. Il fait 7°C, 1500m : le baromètre joue toujours au yoyo.

Samedi 6 Août
8h30, soleil! Le départ est donné à 11h. Vers 14h, un vent très fort se lève, il nous fait vaciller. Nous sommes alors à 1500m, au-dessus des taillis quand la pluie arrive.
Le mauvais temps ne dure pas trop longtemps, nous serons au camp de la mine à 16h30. Siphuon et Claude sont là, ils nous ont apporté du saumon qu'ils ont fumé, du pain, de la salade, des fruits : c'est un festin qui clôt notre périple en montagne.
Le retour à la civilisation ne se fera cependant pas comme prévu. Lors de la première fournée de voyageurs, un pneu explosera sur la piste. Il faudra trois jours pour trouver un autre véhicule de location et venir nous chercher au camp de la mine. Il est impossible de trouver un pneu identique dans le Yukon. La voiture est américaine, les pneus non standard et la roue de secours est une galette !
Le téléphone satellite nous a permis de pouvoir suivre les évènements et finalement nous mangerons notre marge de sécurité mais nous ne raterons pas l'avion, ce qui est l'essentiel.
Le retour vers Whitehorse se fera en plusieurs voyages comme à l'aller. Après un bivouac mémorable à l'aéroport de Whitehorse le 14 Août, il fait alors 3°C, nous rentrerons sains et saufs à Paris le 15 Août.

Alain Dutrévis
Avon, le 25 février 2006.