Carnet d'expédition

Traversée de la zone humide

Mercredi 20 juillet
6° vers 9h30, campement situé à 1500 m d'altitude.
Quelques sommets enneigés nous entourent, pas toujours visibles du fait de nuages assez bas. Aujourd'hui, ce sera notre premier portage lourd, à peu près 25 kg par personne (nous avons opté pour le double portage au moins pour l'aller). Le départ se fait plein Nord par la piste qui mène à la mine. Au premier virage à 90° où la route longe une muraille nous prenons au Nord Est (à main droite). Un petit chemin de caribou mène aux premiers marais que l'on traverse difficilement. La rivière qui court au fond de la vallée est large et on se mouille les pieds. Puis, laissant un lac circulaire à main gauche, nous passons un col neigeux où nous mangeons, à 1850 m. Ici encore, au col, le petit chemin est marqué par les passages de caribous. La descente sur l'autre versant est raide mais sans souci, c'est un pierrier. Nous passons encore une croupe et tirons plein Nord avant d'atteindre sans encombre une large vallée où s'étend un lac tout en longueur.
La carte au 1/50 000 ne l'indique pas, mais à sa place figure une sorte de marais représenté par un trait en tirets : il a dû bien pleuvoir ces derniers temps. Arrivée au camp 1 installé au bout du lac vers 15h sous un rayon de soleil, nous déposons notre chargement sur un mini plateau dégagé, en bordure de la forêt en hauteur. Un filet d'eau coule au pied du campement : un véritable nid à moustiques.
Le Keele Peak nous apparaît enfin car il n'est pas visible de la vallée du Macmillan. C'est une dent massive et sombre saupoudrée de neige possédant une arête neigeuse sur la gauche : nous arrivons alors par le Sud. Pour l'atteindre il faudra traverser une immense vallée verte où coule une rivière large de plus de 30 m et entourée de marais. Nous retournons rapidement vers le camp de base en passant par la rive droite du lac, qui est un peu moins humide. Une pluie intermittente nous accompagne.
L'arrivée se fait vers 18h30, bien fatigués. Après le col, Christine a aperçu un grizzli de dos, il s'enfuyait à notre approche dans les broussailles. Finalement, nous nous coucherons vers 20h30, sous un ciel très clair.

Jeudi 21 juillet
L'altimètre descend (donc le baromètre monte), c'est une bonne nouvelle. Plus la pression est haute, plus on a de chance d'avoir du beau temps. Nous surveillerons donc les variations de l'altimètre pour prévoir les tendances météorologiques. Réveil à 8h, mais départ à 11h30! Nous laisserons au campement un peu de nourriture bien emballée dans des sacs poubelle.
Ce sera une belle journée de portage moyen, car nous connaissons le chemin. Quelques gros nuages sinistres cachent parfois le soleil. Nous serons au camp 1 vers 15h30. Au menu le soir, petit feu de bois, caribous autour de nous (mais pas dans l'assiette), et aussi beaucoup de moustiques (que l'on retrouve parfois dans l'assiette...).

Vendredi 22 juillet
Lever à 8h30, il fait 4°C.
Nous allons longer la forêt sur les hauteurs, afin d'éviter les marais et la forêt boréale. Le portage est pénible à flanc de montagne et après 5 heures de marche nous n'atteignons toujours pas l'objectif fixé. Beaucoup de taillis nous ralentissent, et peu de chemins de caribous sont utilisables. Un peu démoralisés, nous déposons notre chargement sur une croupe dégagée surplombant un torrent qui nous servira de camp 2. Gilles propose alors de retourner au campement 1 en passant par deux cols pour éviter les taillis. Ce sera un très bon choix avec 800m de dénivelé, mais nous sommes alors sans charge. La montagne est belle, plusieurs groupes de caribous la traversent. Nous mettrons 2h50 pour revenir au camp 1. Il fait 13°C quand l'on se couche vers 21h après un agréable feu de bois et une séance de stretching en plein air initiée par l'ami Sylvain.

Samedi 23 Juillet
Lever à 8h30, il a plu un peu cette nuit.
Nous déplaçons le campement vers le dépôt de vivres du jour précédent. On repasse donc par les deux cols avec la seconde charge ; départ 11h30, arrivée 14h30. L'installation du camp est rapide. Il s'avère confortable avec un torrent propice aux baignades.
Avec Christine et Antoine nous partons en reconnaissance vers la grande rivière qui prend sa source au pied du Keele Peak. La traversée de la forêt puis des marais se fait en 1h30 et c'est assez pénible, même sans sac à dos. Nous arrivons finalement près de la rivière, où se trouvent des moraines étranges : elles sont perpendiculaires au cours d'eau, assez étroites (2-3 m de large en haut), assez longues (100-200m) et de 4-5 mètres de haut. Le cours d'eau est très large (15-20 m), le courant assez fort avec l'eau limoneuse. Sa profondeur semble être d'environ 1m50 sinon plus, ce qui le rend totalement infranchissable.
Nous rentrons en 2h, les pieds mouillés, sous un ciel sombre suivi d'une bonne averse. La large vallée est superbe par ses contrastes de vert sur fond noir.

Dimanche 24 Juillet
Altitude : 1440m. En poursuivant plus à l'Est nous espérons trouver un passage à gué, ce qui nous éviterait un long détour dans les marais avec le double portage. Partis vers 11h30, nous devons passer plusieurs rivières. La plus large est passée au niveau d'un barrage de castor. Nous ne verrons pas l'animal, mais de nombreuses traces de ses dents sur les arbres. Le portage est difficile et on finit par hisser la charge avec force cordes et sacs poubelle dans un arbre en fin d'après-midi.
Un point GPS est pris afin de pouvoir retrouver l'endroit. La météo reste maussade, il y a eu quelques gouttes de pluie.
Retour rapide au camp 2 vers 20h30. Appel Siphuon notre ange gardien à 22h30 comme convenu. La ligne est coupée en cours de conversation, mais l'essentiel a été dit. Nos pêcheurs sont dépités, ils n'ont rien pris depuis 3 jours. Il fait 8°C, et la pluie tombe toute la nuit qui commence maintenant à être plus sombre.

Lundi 25 Juillet
Réveil 8h30, il fait 9°C, l'altimètre indique 1425 m.
Le transfert du camp se fait sous un ciel nuageux mais assez beau. Un peu avant le passage du barrage des castors, nous trouvons des traces de chevaux. Une reconnaissance s'impose. Nous savions que la police montée organisait des exercices autour du Macmillan Pass, mais nous n'avions pas d'autres informations. Les traces mènent à la grande rivière du Keele Peak, mais si le passage se fait à cheval, il n'est pas possible à pied.
Nous décidons de prendre une heure pour remonter la rivière et trouver une éventuelle possibilité de traverser. Bonne décision, car plus haut nous passons un affluent à gué, puis la rivière avec de l'eau jusqu'aux genoux. La situation est inespérée, le gain est de 3 à 4 jours de portage dans les marais. L'eau est cependant glaciale.
Il faut 5 minutes pour traverser en petite culotte et pieds nus dans des chaussures légères. La sensation de brûlure aux pieds est très douloureuse. Heureusement nous avions tous prévu une seconde paire de chaussures pour passer les torrents. Le froid anesthésie les pieds et l'on risque de graves blessures à passer sans chaussures. Elles seront laissées sur la moraine pour le retour afin de ne pas porter de charge inutile. Le camp 3 est établi sur la moraine proche du passage.
L'endroit est juste assez large pour poser les tentes en file indienne. Dans la foulée vers 17h nous prenons le temps d'aller chercher les sacs suspendus aux branches d'un grand arbre le jour précédent. Le parcours dans les taillis de plus de 2 m et les pieds dans l'eau est exténuant. Retour vers 20h30, après avoir franchi 3 fois la rivière. Quelques courrageux se baigneront entièrement dans la rivière glaciale. Merci à Antoine, Jean Pierre, Gilles d'avoir assuré un spectacle inoubliable à la faune locale... Le soir nous fêtons avec force cochonnailles et chocolat les 40 ans de Gilles.

Mardi 26 Juillet
Réveil à 8h20, l'altimètre marque 1220 m. Grand beau temps ce matin, il fait 25°C dans la tente !
Les trois gallons d'essence se dilatent dans un bruit de tôle pas très rassurant (1 Gallon = 3,8 litres). Ils constituent notre unique réserve de carburant pour les réchauds. A 11h30 nous quittons le camp sous une légère pluie. Une grosse ampoule infectée au talon impose le repos à Victor. Il restera sur la moraine le temps de notre aller-retour pour déposer une charge au pied du grand lac du Keele Peak. Nous entamons la dernière journée de marche d'approche sur les hauteurs dominant la vallée avant d'être à pied d'œuvre en haute montagne.
En suivant la moraine où nous campons, nous arrivons facilement à une croupe recouverte de forêt dans sa partie basse. La première heure est éprouvante, la pente sévère et le passage sous les branches basses, délicat. Mais une fois sortis des arbres, c'est de la moyenne montagne facile. Vers midi Sylvain est piqué par un insecte, sa lèvre et sa joue enflent de façon inquiétante. Heureusement nous avons une très bonne trousse médicale préparée par Catherine, mon amie infirmière. Un anti-allergique viendra à bout de l'infection qui se résorbera en quelques jours.
Retour vers 19h30. Beaucoup de champignons sont visibles aux alentours, notamment des amanites panthère, des bolets orangés, des leccinum (cela ressemble au bolet rude), des russules jaunes. Nous n'en mangerons cependant pas à ce moment là, car il a beaucoup plu et les couleurs des chapeaux s'estompant, il devient difficile de distinguer les variétés.

Mercredi 27 Juillet
Réveil 8h, altimètre 1250 m, 11°C, assez beau temps.
Lever du camp à 11h30. Un dépôt de nourriture sera enterré sur la moraine, car nous devrons repasser par ce point au retour. Après être monté sur la croupe, il faut longer la vallée en altitude au dessus de la végétation. La fin du parcours se fait à flanc par la traversée abrupte d'un pierrier qui débouche sur un col. Ce col est clos par un verrou rocheux assez haut. Nous le contournons facilement par la gauche, et arrivons au pied du grand lac. Celui-ci est issu du retrait du glacier principal que l'on voit au loin. Il a laissé une moraine au niveau du verrou. Au centre de la moraine, un terre-plein surélevé de graviers sera notre campement principal pour la semaine qui vient.
Le lac se déverse de chaque côté du camp en deux belles cascades qui nous serviront d'eau courante. De gros rochers nous abritent du vent. La température et l'altitude ont raison de la plupart des moustiques. Ouf, cela fait du bien !
Nous installons les tentes sous la pluie vers 16h. L'altimètre marque 1525 m, c'est conforme à la carte topographique.